Dans moins de
trois jours je saurai si je suis sélectionné pour ma mission de 2 ans au
service de la Fondation Damien à Kinshasa.

Peut-être le
moment est-il opportun pour rappeler comment j’en suis arrivé là.

Ils ont grandi en
moi depuis plusieurs années:
le désir de
changer de vie, le besoin de me sentir utile, le sentiment de révolte vis-à-vis
des inégalités nord-sud, l’envie d’immersion dans une autre culture, la soif de
comprendre, le souhait transformer les paroles en actes, la nécessité d’agir, mais
aussi une perte d’intérêt pour la consommation et le matériel, une aversion
pour la culture de la réussite, un dégout pour notre indifférence, et un écœurement
général.

Bref, voilà
bientôt trois mois que, enfin, j’ai pris une décision qui dans mon esprit se
devait d’être définitive et irréversible : la recherche d’un emploi dans le
secteur de l’aide au développement, et la mise en œuvre de ce qui s’avérerait
nécessaire pour atteindre cet objectif. J’entendais par là une prise de
distance par rapport aux éléments matériels qui pourraient me freiner (en clair,
par exemple la location ou vente de mon appartement), certains sacrifices (en
clair l’annulation de mes voyages), et surtout un plan de formation sur un ou
deux ans.

Dès ce moment, bien
sûr, j’ai également commencé à solliciter dans le cadre d’offres d’emploi. Malheureusement
pour moi, le niveau de connaissance et surtout d’expérience requis le plus
souvent rendaient même la sollicitation impossible.

C’est donc par un
incroyable concours de circonstances que je peux aujourd’hui croire que peut-être
cette semaine, une réponse positive me sera donnée.

J’ai appris en
effet que si malgré mon inexpérience et l’inadéquation de mon cv, je n’ai pas
été écarté et eu la chance de me défendre lors d’un premier entretien, c’est grâce
à ma lettre de motivation. Si ensuite d’autres candidats, convenant sans doute
mieux, n’ont pas été retenus, c’est parce que l’ensemble des entretiens fut
annulé après que mon futur employeur ait désigné une autre personne idéale pour
ce poste. Mon improbable chance a été que cette personne se soit désistée au
dernier moment pour des raisons pratiques et que, les autres entretiens aillant
été annulés, je devienne de fait le seul candidat restant qui puisse convenir…

Quand je pense que
je m’en voulais d’avoir accepté un entretien immédiat, me disant qu’il était
peut-être préférable de passer parmi les derniers afin de laisser une
impression fraiche, je mesure encore mieux ma chance.

Je dois
reconnaître qu’après avoir passé les derniers tests dans un bureau de sélection
ce vendredi, quand j’ai appris la situation et que j’étais le seul à passer ces
tests, mes sentiments sont devenus doubles. D’une part, la joie de voir les
probabilités d’être retenu augmenter fortement; mais d’autre part aussi, le
sentiment un peu amer d’avoir été choisi par défaut.

Depuis, j’ai
néanmoins continué à réfléchir à ce que serait mon action à Kinshasa, et je
suis persuadé d’être en mesure d’assumer totalement cette fonction. Je suis
donc conscient que c’est par un concours de circonstance que peut-être je
réaliserai mon rêve, mais je l’assume aujourd’hui sans me poser de question et
ne peux que remercier le destin, si celui-ci existe.

michael, 24 juin 2007