Indépendamment de
ma mission pour la Fondation Damien, je m’étais inscrit à la formation ITECO qui permet de se situer face aux réalités
politiques, économiques et culturelles et aux rapports Nord-Sud.

Cette semaine aura probablement été l’une des plus enrichissantes de mon
existence. Le contenu, l’animation, et surtout les échanges et débats avec les
autres participants auront contribué à corriger ma vision et à remettre en
question les quelques certitudes que j’ignorais encore avoir.

La dernière
journée de ce vendredi a été pour moi particulièrement éprouvante du point de
vue émotionnel. Sans doute l’ensemble des informations, émotions et questions
de cette semaine a-t-il fini par former un tout dans mon esprit pour nourrir ma
réflexion.

Curieusement je
n’avais pas, contrairement à d’autres, été totalement submergé par les émotions
lors de la projection de ‘l’île aux fleurs’ (http://video.google.com/videoplay?docid=-8867512033765032709).
Bien sûr, ce que nous avons vu ne doit laisser personne insensible, mais nous
savions que cela existe et que cela existe beaucoup. Il est vraisemblable que j’avais
déjà fait le deuil de mes émotions. Et là est tout le problème: même si d’une
part j’ai choisi de m’investir pour tenter de changer les choses à mon échelle
et que d’autre part j’ai pris la décision de cesser d’être complice des causes
en me retirant partiellement de notre système économique, même alors, je
n’aurais dû me résoudre à l’accepter.

C’est en
comprenant cela que je continue depuis ce vendredi à avoir les plus grandes
difficultés à contenir mon émotion.

Je ne sais par
quel miracle toutes les pièces du puzzle se sont assemblées dans mon esprit
pour participer à l’éveil de ma conscience. Toujours est-il que là où je savais
la part de responsabilité du ‘nord’ dans la destinée du ‘sud’, je feignais
d’ignorer son ampleur. Et, s’il fallait prendre un autre exemple multimédia, pour
ma part c’est à la vision de ‘une pêche d’enfer’ illustrant une fois de plus ce
lien que je me suis trouvé plus particulièrement ému. Ces sentiments avaient
commencé à se manifester avant cette projection, peut-être la veille, peut-être
encore avant, mais ce qui est certain c’est qu’ils ne m’ont plus quitté depuis.

Les choses
étaient sans doute plus simples lorsque nous pouvions nous dissimuler derrière
notre ignorance apparente. Nous voilà brutalement libérés. Pourrons-nous rester
un engrenage de la machine économique sans réfléchir à la signification de
chacun de nos gestes ? La seule voie pour pouvoir continuer sera-t-elle de
couvrir à nouveau notre esprit du voile opaque qui nous protège de la
vérité ? Non. Je refuse de rendre ma nouvelle liberté. Il me faudra donc
accepter ma part de responsabilité, il me faudra rester beaucoup plus vigilant
en vue d’éviter de perdre cette nouvelle conscience. Il me faudra surtout aller
plus loin. Plus loin que de participer modestement à soigner les blessures du
‘sud’ que j’ai moi-même contribué à engendrer. Il me faudra un jour me résoudre
à m’attaquer aux causes plutôt qu’aux conséquences. Mais comment s’attaquer aux
causes si j’en fais moi-même partie et que, quoi qu’il arrive, je continuerai à
en faire partie ? Je l’ignore. Au moins suis-je aujourd’hui en mesure de
poser la question.

Même si certaines
questions resteront difficiles à porter, je ne peux donc que remercier ici ceux
qui auront contribué à les poser : ITECO, Paola, Brigitte, Edith, Eleonor,
Géraldine, Julia, Loretta, Mathilde, Raquel, Sylvie, Bart, Francis, Ibraima,
Justin, Nicolas, et les intervenants externes.

J’aurai également
une pensée pour Berthe et Francine dont le visa a été refusé mais qui, j’en
suis sûr, auraient pu nous apporter plus encore.