Pour comprendre le Congo d’aujourd’hui, il n’est sans doute
pas inutile de rappeler les circonstances des années de guerre car j’ai bien
l’impression que peu d’informations ne soient parvenues à intéresser nos medias
occidentaux. Ces guerres ont pourtant coûté la vie à plus de 4 millions de
congolais, et continuent à faire des victimes aujourd’hui encore.

Tout avait donc commencé avec un génocide dans ce petit pays
de la région des grands lacs que l’on nomme le Rwanda. Nous n’ignorons sans doute pas ces évènements
où l’ethnie historiquement dominante, les Hutus, ont entrepris une
extermination systématique des Tutsis et Hutus modérés par crainte de les voir
prendre le pouvoir. Savions-nous par
contre qu’à la fin de cette guerre, les génocidaires (milices Interahamwe), et Hutus
poursuivis à leur tour, étaient plus de 2 millions à s’être réfugié dans l’est
du Congo ?

C’est pourtant cela et la poursuite présumée de leurs
activités contre les Tutsi congolais, qui ont servi de prétexte aux nouveaux dirigeants
de ce Rwanda trop petit et surpeuplé, pour organiser une invasion de ce Congo,
si vaste et si riche.

La première rébellion (1996-1997) visait à renverser Mobutu
Sese Seko et était menée par un dirigeant militaire de l’est inconnu à l’époque,
mais choisi par les rwandais car facile à manipuler: Laurent Désiré Kabila.
Face à une armée congolaise démotivée, mal armée et mal ou pas payée, la tâche
fut finalement assez aisée.

Durant les premiers mois de pouvoir, les fonctionnaires et
autres militaires étaient à nouveau bien payés et l’ordre revenait, même si ce
fût au prix d’une répression assez forte (voleurs fouettés dans la rue, par
exemple…). Mais voila, Laurent Désiré Kabila se détournera progressivement du
Rwanda pour mener sa propre politique. Il se détournera aussi de ses soutiens
occidentaux, se tournant davantage vers la Russie ou l’Iran, ce qui explique
peut-être en partie l’immobilisme de la communauté internationale face à la
seconde guerre.

Cette seconde guerre, visant cette fois à renverser Kabila, partira
donc également de l’est avec une invasion rwandaise sous couvert de la rébellion
du RCD Goma (‘Rassemblement Congolais pour la Démocratie’), mais également une
invasion ougandaise dans le nord-est sous couvert de la rébellion du MLC (‘Mouvement
de Libération du Congo’) de Jean-Pierre Bemba.

L’armée congolaise ayant perdu son soutien du Rwanda dû
rapidement céder du terrain, et le pays fût à nouveau coupé en 2, voire en 3 :
le Nord occupé par l’Ouganda (et sa branche politique, le MLC), l’Est par le
Rwanda (et sa branche politique, le RCD), et l’Ouest sous contrôle de l’armée
régulière ayant reçu un appui de l’Angola, de la Namibie, du Zimbabwe, et dans
une certaine mesure du Tchad, du Soudan et de la Libye.

Eh oui, il s’agissait bien du premier conflit panafricain
impliquant près de 9 pays…

Les lignes de front resteront ensuite stables, entre-autres grâce aux héros de la résistance congolaise : les
Maï-Maï. Ces guerriers traditionnels tirent leur force de l’eau magique qui
rend leur corps résistant aux balles (et attention, les congolais ne plaisantent
pas avec cela…)

Pendant cette période, les rwandais tentèrent néanmoins de
prendre Kinshasa : ils eurent l’audace d’envoyer un avion sur la ville
rempli de soldats, tel un cheval de Troie. L’aéroport et ses alentours furent occupé pendant
plusieurs semaines…

Bref, ce pays divisé
en trois menaçait sérieusement d’éclater définitivement et c’est un peu un miracle
qu’aujourd’hui le territoire soit en partie à nouveau unifié.

En effet, sous l’égide des Nations Unies un dialogue ‘inter-congolais’
a été mis en place. Et bien que Laurent Désiré Kabila fût assassiné, et que par
crainte d’un vide du pouvoir ce soit son fils Joseph qui reprit la présidence, un
gouvernement de transition composé des différentes tendances (y-compris le MLC,
et le RDC Goma) fût installé jusqu’aux élections.

Ces dernières furent un énorme succès, considérant les
circonstances.

Aujourd’hui donc, le président Joseph Kabila, son gouvernement
et le parlement ont une légitimité démocratique incontestable.

Et ce, malgré le dernier épisode conflictuel de mars denier
où Jean-Pierre Bemba (MLC) tenta un coup d’état avec ses milices sur Kinshasa.
Les stigmates de cet épisode sont toujours visibles sur chaque bâtiment du
centre de la capitale, y-compris dans ma chambre avec l’impact de balle sur le
mur et la fenêtre toujours trouée. JP Bemba, d’abord apprécié à Kinshasa a, suite
à ces événements, perdu le soutien de la population, et j’avoue qu’il me semble
difficilement compréhensible qu’il soit encore soutenu par certains occidentaux
(dont Louis Michel).

En résumé on peut
donc, malgré les problèmes qui subsistent et les risques (lire le prochain
article…), tirer un coup de chapeau au jeune Kabila et aux Nations Unies (la
force des casques bleus présente ici est la plus importante jamais déployée)
pour cette stabilité et la réunification du pays et des différents forces
armées – chose incroyablement complexe lorsqu’on commence à comprendre la
situation.