Tracasserie, c’est le nom que l’on donne pudiquement aux
tentatives de corruption. Les agents de l’état, qu’ils soient policiers,
militaires, douaniers, fonctionnaires ou autres, étant peu payés, tentent
d’arrondir leurs fin de mois par l’imposition de taxes imaginaires.

Cela ne se limite d’ailleurs pas aux agents en tant
qu’individus, les institutions de l’état ou les entreprises publiques usent et
abusent d’astuces pour remplir les caisses.
L’imagination est souvent sans limite lorsqu’il s’agit de trouver de
nouvelles rentrées.

Il ne sera par exemple pas rare de voir un agent de la DGM
(Direction Générale des Migrations) vous présenter un faux document argumentant
que la région que vous souhaitez visiter nécessite un permis spécial (presque
inventé sur le champ). Inutile de dire que ce ‘permis’ peut être obtenu sur
place moyennant le paiement de la taxe y afférant.

Quand aux déplacements quotidiens, ils seront parfois
entravés par le ‘roulage’ (police de la route), ou par d’autres agents en mal
d’argent qui cherchent soit à remplir les caisses de leur administration, soit
les leurs. Un contrôle d’extincteur, d’identité, de permis, ou de bien d’autres
choses, vous coutera des dizaines de minutes de discussion ou peut-être un
‘sucré’. Le terme de ‘sucré’ désigne les boissons sucrées (cola, et autres),
mais désigne aussi le bakchich qui permettra de se sortir plus facilement de ce
genre de situation, et puis finalement c’était de toute façon surement cela
l’objectif du contrôle.

En Europe, nous soupçonnons parfois nos dirigeants
d’installer des radars pour remplir les caisses de l’état. Mais ici, c’est une
évidence. Pas de radars bien sûr, mais une augmentation suspecte des divers contrôles
à chaque fin de mois.

Cela dit, soyons honnête, j’ai pour ma part été plutôt épargné
par ce genre de situation et il semblerait qu’elles soient plus rares – ou non,
disons plutôt moins fréquentes – que par le passé.

Quand aux tracasseries organisées, elles peuvent par exemple
concerner la SNEL (Société Nationale d’Electricité) ou la REGIDESO (eh oui, en
ce qui concerne les noms, les congolais ont aussi beaucoup d’imagination). Etant
donné qu’ils ne suivent pas correctement les paiements, ils viendront
fréquemment vous réclamer des factures imaginaires ou vielles de dix ans, sous
peine de coupure.

En ce qui me concerne, je viens par exemple d’emménager, ce
qui signifie donc naturellement que le locataire de cette maison vient de
changer. Et bien, les nouvelles iront très vite. J’ai donc été mis en garde sur
le fait que je peux m’attendre à voir débarquer dans les jours à venir
d’innombrables agents de l’état. Ils ressortiront de vielles factures ou
inventeront de nouvelles taxes…