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récit d'une mission au Congo

"anamorphosis"

par michael van overstraeten

le roulage

le quotidien Posted on 05 Oct, 2007 16:25:38

J’avais pu l’éviter la première fois en niant les injonctions de l’agent et en fuyant, mais cette fois c’est fait, j’ai vécu mon premier litige avec le roulage (police de la route).

Mon erreur aura été d’avoir laissé ma fenêtre ouverte ce qui a permis à l’agent d’ouvrir la portière pour s’installer sur le siège arrière.
La méthode est en effet souvent celle-là : prendre place sur un siège passager afin de pouvoir discuter calmement du prix d’un sucré.

S’il l’on veut éviter ce type de tracasserie, il sera donc généralement conseillé de fermer toutes les portières et vitres et de ne jamais donner les documents de bord ou le permis mais simplement de les monter à distance.
En effet, s’il l’on donne un document, il y fort à parier que l’agent l’emportera et que le paiement d’un sucré soit la seule manière de le récupérer.

Cela dit, c’est de bonne guerre et l’essentiel est de prendre les choses avec humour et bonne humeur dans les longues discussions qui suivent.
Le fait de travailler pour une ONG aide d’ailleurs à renégocier les prix à la baisse, surtout s’il l’on insiste sur le fait que l’argent vient de donateurs privés et non de l’état belge. En expliquant que cet argent qu’ils demandent devait servir à soigner des congolais, les agents seront sans doute un peu moins revendicatifs.

J’ai finalement cédé pour une somme sans doute trop élevée (équivalent à 10€). Mais il s’agissait de ma première expérience de ce type, et j’imagine que la prochaine fois, je m’en sortirai mieux…

Ah oui, le prétexte (bien sûr inexact) pour ce litige était le fait que j’utilisais mon gsm au volant à l’approche d’un passage à niveau…



le mercure rouge

le quotidien Posted on 05 Oct, 2007 13:53:52

Singulière histoire que celle du mercure rouge et belle illustration de la folie médiatique qui au départ de quelques rumeurs fini presque par faire vaciller l’état (lire aussi le prochain article sur le fameux Jackson Wilson).

Tout commença lorsqu’un député de la province du Bandundu accusa le vice-président de l’assemblée d’avoir subtilisé 12 bouteilles de mercure rouge cachées depuis 40ans dans un hôpital de la région. La valeur de cette richesse spoliée était ‘inestimable’, des millions.
L’histoire fit rapidement la une de la plupart des quotidiens. Voila qu’après les colons et les multinationales, c’est l’état central et ses mandataires qui commencent à dépouiller les congolais de leurs richesses minérales.

Après quelques jours de vives discussions tant dans la rue qu’à l’assemblée, voila qu’un expert indépendant vient enfin éclairer notre lanterne : le mercure rouge liquide n’existe pas.

Si ce liquide est rouge, il ne s’agit certainement pas de mercure mais d’alcool, la confusion venant des thermomètres. Par contre, il peut s’agir de cinabre (minerai de mercure oxydé) mais alors il n’est pas liquide. Quoi qu’il en soit, la valeur totale des 12 bouteilles n’excèderait pas les 1000$…

Et l’expert de mettre en garde la population (et les élus) contre les escrocs qui vendent ce fameux mercure rouge à prix d’or. Le Congo a été spolié de tellement de richesses que la susceptibilité des citoyens sur ce sujet est compréhensible, mais l’expert les conseillera de se renseigner sur la valeur réelle des choses.

En fait, le ‘précieux’ liquide avait simplement été prélevé par le ministère de mines afin d’en faire l’analyse.



le délestage

le quotidien Posted on 05 Oct, 2007 12:55:47

Le délestage est la ‘technique’ par laquelle la SNEL (Société Nationale d’Electricité) réparti les approvisionnements en courant. En clair, il s’agit de couper certains quartiers pendant quelques heures afin d’en approvisionner d’autres. Cette ‘technique’ est plus particulièrement mise en œuvre pendant la saison des pluies en raison des fortes chaleurs et des besoins en énergie des climatiseurs. Il ne sera donc pas rare de devoir faire face à ces fausses pannes, même ici dans le quartier de la Gombe qui est pourtant privilégié.

D’autre part, bien évidemment, il faudra également mentionner les nombreuses ‘vraies’ pannes. Elles-aussi sont plus fréquentes pendant la saison des pluies, l’eau endommageant les installations et favorisant les courts-circuits.

Cela dit, même sans pluies, la disponibilité de l’électricité est loin d’être garantie. Dans les 5 derniers jours (secs), je n’ai eu que quelques heures d’approvisionnement. Je ne regrette donc pas d’avoir racheté un petit groupe électrogène, même si je ne compte l’utiliser que très rarement. Je considère en effet que ces petits désagréments font partie du jeu et du charme du Congo…

De l’énergie pourtant, la République Démocratique du Congo n’en manque pas. Avec un fleuve qui a le plus grand débit au monde après l’Amazone, et avec ses innombrables affluents, le potentiel en énergie hydraulique est immense. Les barrages Inga (http://fr.wikipedia.org/wiki/Barrage_d’Inga) sur le fleuve Congo en sont un bel exemple sauf qu’aujourd’hui, faute d’entretien, seules quelques turbines fonctionnent encore, soit moins de 10% de la capacité. Des projets de réhabilitation, ou de construction de nouveaux barrages existent, mais ce sont bien sûr à nouveau les fonds qui manquent. Cette énergie est pourtant une richesse de plus au Congo, et permettrait d’alimenter presque toute l’Afrique centrale.

L’autre gros problème c’est la vétusté des infrastructures de transport de l’énergie.

Il y a bien eu quelques réalisations spectaculaires sous le régime de Mobutu, comme la ligne Inga-Shaba, la plus longue ligne haute tension du monde sur une distance équivalente à Londres-Athènes. L’objectif derrière ce projet était d’ailleurs surtout politique. Il s’agissait de faire dépendre la province minière du Katanga de l’énergie produite par le gouvernement central, et ainsi de contrarier les velléités séparatistes.

Cette réalisation reste néanmoins une exception. Il est par exemple plus rentable de racheter de l’énergie à l’Ouganda pour alimenter la province de l’Ituri que de construire des lignes de transport au départ des nouveaux barrages actuellement en construction dans le Kasai. C’est donc cette option qui a été retenue par le gouvernement.

Enfin, pour conclure sur les difficultés liées à l’énergie, citons encore les problèmes de variation de tension. Elles sont telles que tout appareil électrique devra être branché sur un stabilisateur et parfois un onduleur sous peine de griller. Malgré ces précautions, le nombre d’ordinateurs que nous recevons en réparation avec une alimentation ou une carte mère grillée reste encore très important…

Bref aujourd’hui, moins de 10% des congolais ont accès à l’électricité et certaines régions en sont totalement dépourvues. Les groupes électrogènes et problèmes liés à l’électricité dans nos coordinations provinciales sont donc un des aspects les plus critiques dont j’ai la responsabilité.



la fondation damien au Congo

la fondation damien Posted on 05 Oct, 2007 11:41:10

L’objectif spécifique de la Fondation Damien est de
renforcer les capacités de lutte contre la Lèpre et la Tuberculose.

Nous apportons donc un appui aux programmes nationaux (PNT
et PNEL) en terme d’organisation, de médicaments et de formation. Mais, en
coordination avec ces programmes, la Fondation Damien soutient également
directement 14 coordinations provinciales dans le pays et donc l’ensemble des
zones de santé et centres de santé qui en dépendent. Ceci représente près de
deux tiers du pays et permet chaque année de détecter et de soigner plus de
60000 tuberculeux et 5000 lépreux.

Cependant, la coordination nationale de la Fondation Damien
à Kinshasa (CONAT) est la seule structure qui dépend directement de la
Fondation, l’ensemble du personnel des coordinations provinciales et des zones
de santé est soutenu et supervisé par la Fondation, mais ce sont par contre des
agents de l’Etat. Ceci permet d’assurer une continuité des activités qui, à
terme, pourront se poursuivre de manière autonome.

Notre coordination nationale est composée de quatre
départements qui jouent chacun un rôle bien précis.

La direction médicale apporte une assistance dans la
définition et l’exécution des stratégies lèpre et tuberculose, assure le suivi
des données épidémiologiques et des besoins en médicaments, supervise et forme
les médecins et infirmiers dans les provinces et zones de santé.

La direction des ressources humaines gère bien sûr les
agents de la coordination nationale, mais assure aussi le suivi des agents dans
les structures de l’Etat appuyées par la Fondation Damien.

Le direction financière veille au respect des budgets et
contrôle chaque franc congolais dépensé, que ce soit au niveau national, au
niveau provincial ou dans les zones de santé. De sorte que toute fraude est
virtuellement impossible.

Quand au département logistique dont je suis donc le
responsable, je reviendrai bien évidement plus en détail sur son rôle.

Le comité de direction compte 6 membres (3 médecins
congolais, 1 responsable des ressources humaines congolais, la responsable financière
expatriée, et moi-même, le responsable logistique expatrié moi aussi).

En résumé, on peut dire que la Fondation Damien fait ici un
travail en profondeur qui est généralement reconnu par les congolais de la rue.
Non pas parce que la Fondation Damien veille à sa visibilité, bien au
contraire. Mais bien parce que beaucoup connaissent au moins un proche qui a
souffert de la Tuberculose et a reçu des soins grâce à l’appui de la Fondation
Damien.



le système de santé

le cadre de l'action Posted on 05 Oct, 2007 11:38:22

L’organisation de la santé au Congo est extrêmement bien
pensée. Comment en effet fournir un accès universel à la santé dans un pays
aussi grand que l’ensemble de l’Europe Occidentale, dépourvu d’infrastructures
routières, et endémique pour de nombreuses maladies ?

Le ministère de la santé pilote un certain nombre de
programmes comme par exemple le PNMLS (Programme National Multisectoriel de Lutte
contre le Sida), ou encore le PNT (Programme National de lutte contre la
Tuberculose) et le PNEL (Programme National d’Elimination de la Lèpre) qui nous
intéressent au premier plan. L’objectif de ces programmes est de renforcer les
capacités des infrastructures de santé locales par la mise à disposition
d’équipements, de médicaments, ainsi que par la formation des agents de santé.

Dans les provinces, à côté des structures de santé
généralistes, ces programmes sont généralement relayés par des coordinations
provinciales, comme les CPLT (Coordination Provinciale Lèpre et Tuberculose)
qui nous concernent.

Si l’on continue à descendre au niveau local, chaque
province ou district sanitaire est alors composé d’un certain nombre de Zones
de Santé. Il en existe actuellement 515 dans la République Démocratique du
Congo, mais leur nombre devrait augmenter.

Chaque Zone de Santé dispose d’un Hôpital Général de
Référence, et de Centres de Santé de proximité (entre 10 et 20 centres de santé
par zone en moyenne). J’imagine que vous commencez à mesurer l’ampleur de la
tâche car cela nous mène en effet à plusieurs milliers de centres de santé. Les
malades peuvent donc a priori se rendre dans le centre de santé le plus proche
(ce qui parfois peut tout de même faire quelques jours de marche) pour y recevoir
les Soins de Santé Primaires. Les cas les plus difficiles sont redirigés vers
l’Hôpital Général de Référence de la Zone de Santé.

Dans le principe donc, tout cela est fort bien adapté à
l’immensité de ce pays. Seulement voilà, beaucoup de ces structures ne sont
plus fonctionnelles, manquent de moyens et de médicaments, les infirmiers ne
sont pas payés ou pas formés, et certains centres sont à l’abandon.

C’est donc ici que les ONGs interviennent, pour apporter un
appui aux structures existantes, programmes nationaux, coordinations
provinciales, ou soins de santé primaires dans les centres de santé. Je
reviendrai dans un autre article sur l’action spécifique de la Fondation Damien
qui va dans ce sens.

Remarquez que j’ai tenté de vous épargner les nombreux
acronymes dont les congolais sont friands (CS, CSDT, ZS, CSSP, BCZS, HGR, IT, LNR,
IPS, MCP, MIP, ISZS, etc…).