Blog Image

récit d'une mission au Congo

"anamorphosis"

par michael van overstraeten

Jackson Wilson

le quotidien Posted on 16 Oct, 2007 15:07:21

Je dois reconnaître qu’à entendre le président dans les conférences de presse, je suis de plus en plus convaincu par sa bonne volonté et ses décisions, même si les congolais s’impatientent et que les résultats se font attendre.

Les plus fervents défenseurs du président accuseront le gouvernement et accueilleront avec soulagement son futur remaniement. Ce réaménagement devrait également permettre de diminuer le nombre de ministres qui est ridiculement élevé (plus de 60) surtout si l’on considère en parallèle la démarche de décentralisation avec transfert de compétences vers les ministres provinciaux.

Les détracteurs du président accuseront le pouvoir en place, venu de l’est, d’être partial. Il semble en effet que pour trouver un emploi de fonctionnaire aujourd’hui, les chances seront meilleures s’il on vient de l’est du pays. D’autre part, certains kinois s’irriteront d’autant plus des tracasseries quotidiennes qu’elles sont perpétrées par des agents venu de l’est.

Bref tout est loin d’être parfait, mais tenant compte de l’ampleur du défi et du manque de moyens, je considérais pour ma part que les actions, ou tout au moins les intentions du président étaient relativement satisfaisantes.

Sauf que, la semaine dernière, a la lecture de la dernière interview du président Joseph Kabila lors de son passage à l’ONU, je me suis trouvé particulièrement confus. En effet, si ses ambitions pour le Congo sont considérables, elles étaient devenues démesurées et même dangereuses. Faire du Congo une grande puissance économique d’Afrique c’est évidement un bel objectif; en faire une puissance militaire, dans une optique de défense pourquoi pas; mais en faire une puissance nucléaire me semblait d’abord illusoire, mais surtout inacceptable.

Mais quelle mouche avait donc piqué Joseph Kabila ? Car il ne s’est pas arrêté là. Dans cette même interview, comme le fit son père avant lui, il se distanciait également de ses soutiens traditionnels (européens ou américains) pour se tourner entre-autres vers la Chine (qui vient d’ailleurs d’accorder au Congo un prêt record). La soudaine admiration du président pour Hugo Chavez pouvait encore paraître légitime, mais celle pour Castro ou Ahmadinejad me semblait beaucoup plus suspecte.

Tout ceci me fit finalement douter de ce journaliste américain indépendant qui avait publié l’interview. Après quelques recherches sur ce ‘Jackson Wilson’, il m’apparu bien vite que les seuls articles publiés concernaient la vente à l’Iran d’uranium ou une affaire autour de Louis Michel il y a quelques années – deux affaires inventées de toute pièce.

A part cela, pas de trace du journaliste sauf, quelle surprise, sur les sites du MLC de Jean-Pierre Bemba et de l’UDPS d’Etienne Tshisekedi. Et oui, bien que cette interview ait fait la une d’un quotidien, Jackson Wilson n’existe pas plus que le mercure rouge.

Le lendemain, l’entourage du président publiera un démenti formel et me voila rassuré.



les transports

le quotidien Posted on 16 Oct, 2007 12:42:05

Véritable casse-tête pour la plupart des kinois, les transports restent très compliqués. Presque aucun bus, pas de taxis organisés, alors quelles solutions pour se déplacer en ville, ou pour conduire ses enfants à l’école ?

En réalité, il existe bien des taxis collectifs, sorte de covoiturage dans des voitures particulières. Ils tournent sur les axes principaux pour transporter leurs clients qui, selon la distance, paieront entre 100 et 500 francs congolais par personne.
Considérant la forte pénurie de transport, cela reste la loi du plus fort pour y trouver une place, ou encore des heures d’attentes sur les arrêts improvisés. Et lorsqu’une place aura été trouvée dans un taxi, on y sera bien souvent entassés les uns sur les autres.

Quand aux véhicules, il s’agit donc de voitures ou de camionnettes transformées en minibus par la perforation de fenêtres circulaires dans la tôle et par l’installation de quelques chaises. Leur état est souvent extrêmement dégradé, de véritables épaves. Mais voilà c’est sans doute là, par la force des choses, l’un des talents les plus développés au Congo : la mécanique. Difficile parfois de croire que ces véhicules sont encore en état de marche, et pourtant ils roulent.
Notons aussi que ces épaves qui en Europe ne vaudraient pas plus de 100€ sont ici vendues entre 1000 et 3000$ – importation oblige.

Depuis les élections, une tentative de régulation est cours. Le nombre maximum de passagers dans une voiture berline a été ramené à cinq. Le gouvernement provincial de Kinshasa a par ailleurs imposé aux ‘taxis’ de s’identifier par la peinture des couleurs nationales sur la carrosserie (bleu, rouge, jaune). Seulement cette instruction restant très vague, chaque taxi en a eu sa propre interprétation.
Si aujourd’hui on retrouve généralement ces trois couleurs, aucun taxi ne se ressemble, parfois bleu au-dessus, parfois jaune, bande rouge sur le côté, sur le toit, sur le capot, ou encore ailleurs. Finalement, cette mesure visant à embellir le paysage urbain par une uniformisation, a été mise au frigo. D’autant que le coût (+/- 250$) était inabordable pour beaucoup de taxis.

Outre les voitures, la marche reste le mode de transport le plus courant. Avec ses 8 millions d’habitants les rues de Kinshasa grouillent de monde.

Quand aux voyages vers les autres villes provinciales, après la disparition des routes, les transports aérien ou fluvial sont ici les seules solutions même si leur fiabilité est très variable. Les accidents aériens sont nombreux, plus particulièrement avec les cargos Antonov.
Certaines ONGs interdisent à leur personnel d’utiliser tous les avions mis sur la liste noire de l’Union Européenne (c’est-à-dire tous, sauf deux), avec pour résultat qu’ils devront parfois transiter par l’Afrique du Sud pour par exemple se rendre à Lubumbashi.
De notre côté et ‘dans la mesure du possible’, nous avons décidé d’éviter les cargos Antonov, malheureusement certaines régions ne sont accessibles que par ce biais.

Mis à part les risques d’accidents, c’est le respect des horaires qui pose problème. Pour ma mission à Kisangani par exemple, l’heure de départ avait été changée 3 fois la veille et le jour du décollage.
Autre exemple plus déplaisant, au retour de notre réunion annuelle, le docteur de la province du Tanganyika est resté bloqué 3 semaines à Lubumbashi en transit vers Kalemie faute de kérosène pour les avions…