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récit d'une mission au Congo

"anamorphosis"

par michael van overstraeten

la formation

avant l'envol Posted on 07 Jul, 2007 21:26:21

Indépendamment de
ma mission pour la Fondation Damien, je m’étais inscrit à la formation ITECO qui permet de se situer face aux réalités
politiques, économiques et culturelles et aux rapports Nord-Sud.

Cette semaine aura probablement été l’une des plus enrichissantes de mon
existence. Le contenu, l’animation, et surtout les échanges et débats avec les
autres participants auront contribué à corriger ma vision et à remettre en
question les quelques certitudes que j’ignorais encore avoir.

La dernière
journée de ce vendredi a été pour moi particulièrement éprouvante du point de
vue émotionnel. Sans doute l’ensemble des informations, émotions et questions
de cette semaine a-t-il fini par former un tout dans mon esprit pour nourrir ma
réflexion.

Curieusement je
n’avais pas, contrairement à d’autres, été totalement submergé par les émotions
lors de la projection de ‘l’île aux fleurs’ (http://video.google.com/videoplay?docid=-8867512033765032709).
Bien sûr, ce que nous avons vu ne doit laisser personne insensible, mais nous
savions que cela existe et que cela existe beaucoup. Il est vraisemblable que j’avais
déjà fait le deuil de mes émotions. Et là est tout le problème: même si d’une
part j’ai choisi de m’investir pour tenter de changer les choses à mon échelle
et que d’autre part j’ai pris la décision de cesser d’être complice des causes
en me retirant partiellement de notre système économique, même alors, je
n’aurais dû me résoudre à l’accepter.

C’est en
comprenant cela que je continue depuis ce vendredi à avoir les plus grandes
difficultés à contenir mon émotion.

Je ne sais par
quel miracle toutes les pièces du puzzle se sont assemblées dans mon esprit
pour participer à l’éveil de ma conscience. Toujours est-il que là où je savais
la part de responsabilité du ‘nord’ dans la destinée du ‘sud’, je feignais
d’ignorer son ampleur. Et, s’il fallait prendre un autre exemple multimédia, pour
ma part c’est à la vision de ‘une pêche d’enfer’ illustrant une fois de plus ce
lien que je me suis trouvé plus particulièrement ému. Ces sentiments avaient
commencé à se manifester avant cette projection, peut-être la veille, peut-être
encore avant, mais ce qui est certain c’est qu’ils ne m’ont plus quitté depuis.

Les choses
étaient sans doute plus simples lorsque nous pouvions nous dissimuler derrière
notre ignorance apparente. Nous voilà brutalement libérés. Pourrons-nous rester
un engrenage de la machine économique sans réfléchir à la signification de
chacun de nos gestes ? La seule voie pour pouvoir continuer sera-t-elle de
couvrir à nouveau notre esprit du voile opaque qui nous protège de la
vérité ? Non. Je refuse de rendre ma nouvelle liberté. Il me faudra donc
accepter ma part de responsabilité, il me faudra rester beaucoup plus vigilant
en vue d’éviter de perdre cette nouvelle conscience. Il me faudra surtout aller
plus loin. Plus loin que de participer modestement à soigner les blessures du
‘sud’ que j’ai moi-même contribué à engendrer. Il me faudra un jour me résoudre
à m’attaquer aux causes plutôt qu’aux conséquences. Mais comment s’attaquer aux
causes si j’en fais moi-même partie et que, quoi qu’il arrive, je continuerai à
en faire partie ? Je l’ignore. Au moins suis-je aujourd’hui en mesure de
poser la question.

Même si certaines
questions resteront difficiles à porter, je ne peux donc que remercier ici ceux
qui auront contribué à les poser : ITECO, Paola, Brigitte, Edith, Eleonor,
Géraldine, Julia, Loretta, Mathilde, Raquel, Sylvie, Bart, Francis, Ibraima,
Justin, Nicolas, et les intervenants externes.

J’aurai également
une pensée pour Berthe et Francine dont le visa a été refusé mais qui, j’en
suis sûr, auraient pu nous apporter plus encore.



formation et mission

avant l'envol Posted on 07 Jul, 2007 21:24:33

La formation ‘ici
ou ailleurs, que faire ?’ aura un eu impact direct sur mon action pour la
Fondation Damien et surtout sur le sens que je pourrai lui donner.

Elle m’aura
permis de remettre en question le travail de la Fondation Damien en toute
objectivité tant sur la méthode que sur le fond. De ce point de vue, je reste
totalement convaincu de la pertinence de leur action, mais se reposer la
question en profondeur était très certainement intéressant.

Bien qu’elle fût
déjà présente avant la formation, l’unique question qui reste ouverte est liée
au sens que je pourrai donner à ma propre contribution au projet.

Il est devenu
clair que ma vision naïve ‘plutôt que de travailler au service de notre
économie, je préfère travailler au service d’une ONG et des bénéficiaires de
son action’ devra être amendée. Car en effet, mon travail sera rétribué. Dès
lors, il faut noter que ce salaire, même s’il reste modeste, aurait pu donner
du travail à plusieurs congolais. La question qui viendra donc naturellement
est de savoir cela se justifie.

Pour y répondre,
et en attendant de pouvoir le confirmer sur le terrain, je devrai faire
confiance au jugement de la Fondation Damien qui travaille exclusivement avec
des ressources locales, ‘quand c’est possible’.

Je pourrai
également me retrancher derrière l’autre objectif avoué de cette mission qui
est de former au maximum le personnel local et de remplacer à terme ma fonction
par un congolais. Je ferai donc de cet aspect mon objectif principal.

Une autre
question annexe est celle de mon intégration. J’étais déjà conscient que
celle-ci serait difficile et que la différence de ‘classe’ pourrait jouer un
rôle négatif dans ce processus. Mais je n’avais considéré cela que de mon
propre point de vue, et je me reposais sur mon ouverture d’esprit pour
surmonter les difficultés potentielles.
Ce que je n’avais
pas considéré c’est la réaction totalement légitime des congolais vis-à-vis de cette
différence.

Je tiens à
réaffirmer ici que je ne veux pas être un expatrié parmi les expatriés à
Kinshasa.
J’ai pris conscience que réussir mon intégration sera plus difficile
encore que je ne l’imaginais, et que je devrai faire de nombreux efforts pour y
parvenir. Mais j’y parviendrai.