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récit d'une mission au Congo

"anamorphosis"

par michael van overstraeten

les risques d’extension du conflit

le contexte Posted on 10 Sep, 2007 09:42:01

La milice de Laurent Nkunda jouit de la complicité présumée
du Rwanda. Ce dernier offre un soutien logistique, mais il semblerait également
que 12000 soldats rwandais aient à nouveau franchi la frontière avec le Congo.

Depuis la reprise des hostilités, de plus en plus de voix s’élèvent
au Congo pour réclamer une paix durable imposée, c’est-à-dire après un
règlement définitif de la question par les armes. Certains plaident aujourd’hui
ouvertement pour attaquer le Rwanda. Soixante millions de congolais devraient
venir à bout de cinq millions de rwandais, pensent-ils. Ils sont néanmoins
conscients que leur armée est moins organisée et beaucoup moins armée,
serait-ce cela qui les retient pour l’instant ?

Probablement pas, les autorités sont plus modérées et des
échanges diplomatiques entre les acteurs existent. Mais si cette tendance
continue à prendre de l’importance, le gouvernement pourrait à son tour être en
danger. Le sentiment de défiance est déjà bien présent, essentiellement en
raison de l’absence de résultats visibles dans les autres politiques (un
remaniement ministériel devrait d’ailleurs intervenir dans le courant de ce
mois pour calmer les mécontents).

Cela dit, considérant les forces en présence, une attaque
unilatérale du Rwanda par le Congo me semble peu plausible. Par contre, un
nouvel embrasement du Nord-Kivu et même du Sud-Kivu n’est pas à exclure, et à
partir de là une implication directe du Rwanda voire de l’Ouganda et du Burundi
devient probable. La conséquence pourrait alors être la scission définitive du
pays.

Quand à la MONUC, ayant perdu sa crédibilité auprès de la
population et des autorités congolaises, beaucoup souhaitent la voir partir.
Ceci bien sûr n’arrangerait rien. Cela dit, même si elle reste, on voit mal ce
qu’elle pourrait faire.

Heureusement nous n’en sommes pas là, mais ce
sentiment d’espoir en la paix que j’avais perçu en arrivant à Kinshasa semble
s’estomper un peu depuis quelques jours.



la reprise des combats et le rôle de la MONUC

le contexte Posted on 10 Sep, 2007 09:40:51

Les combats ont repris il y a un peu plus de dix jours dans
le Nord Kivu. Je me vois donc obligé de rédiger un nouvel article lié au
contexte dans cette région. Rappelons que la situation y est plus
particulièrement complexe en raison de la présence des Hutus rwandais (dont les
anciens génocidaires) d’une part et de milices Tutsi extrêmement brutales
d’autre part, qui sous couvert de la protection des minorités n’hésitent pas à
entreprendre pillages et autres exactions.

La milice la plus problématique est dirigée par le ‘général’
tutsi Laurent Nkunda. Elle a refusé d’intégrer l’armée régulière congolaise et se
rend régulièrement coupable d’atrocités envers les populations civiles. La
nouvelle FARDC (armée régulière) tente de réussir l’impossible, à savoir
rassembler les ennemis d’hier (MLC, RCD Goma, armée régulière, et autres) dans
une même armée nationale congolaise par une opération nommée ‘brassage’ (après
le ‘mixage’ qui a échoué). Seules quelques milices, dont celle de Nkunda,
résistent.

De mon point de vue, l’offensive menée par les FARDC la
semaine dernière paraît donc parfaitement légitime car ces milices sont sans
foi ni loi et sont de plus une menace pour la paix dans l’ensemble du Congo.
Ajoutons que la version officielle ne parle pas d’offensive, mais de réponse à
une agression, même si sur ce point, je suis moins convaincu. Chacun saura que
je ne suis à priori pas favorable aux options militaires ou répressives, mais
face à des tueurs les options sont limitées…

Malheureusement ces nouveaux combats auront à nouveau couté beaucoup
de vies civiles et contraint plus de 30000 réfugiés à fuir.

‘Mais que fait la MONUC ?’ vous dira la population. La
MONUC (casques bleus) perd ici de plus en plus de crédibilité. Il est vrai
qu’ici à Kinshasa, ils n’ont aujourd’hui aucune utilité. Et les voir
patrouiller dans leurs chars blancs ou leurs belles voitures est il est vrai un
peu irritant.

Et quand la MONUC s’interpose (ou tente de le faire), le
sentiment général est qu’ils comprennent très mal la situation, voire prennent
parti pour le gouvernement rwandais. C’est ainsi que dans les combats récents,
ils ont imposé un cessez-le-feu (local, et limité à la ville de Sake) protégeant
de facto les milices de Nkunda. Citons ici un article du journal l’Avenir finalement assez clairvoyant :

« Surtout, il ne faudra pas compter sur la Monuc. Car,
la mission de l’Onu, ainsi que l’a déclaré Nkunda sous un ton d’éloge, s’est
montrée neutre dans ce dossier. La Monuc ne devrait pas prendre cela comme un
éloge. Car, en effet, elle ne peut être neutre dans cette situation sans trahir
le gouvernement congolais et se trahir elle-même. On s’est toujours posé la
question de savoir comment et pourquoi la situation d’insécurité persiste dans
l’Est du Congo où certaines actions de violence sont commises sous la barbe des
casques bleus. »

L’origine de tout cela ? Il faut noter que Nkunda
instrumentalise le génocide comme le fait le régime rwandais actuel pour
justifier les interventions au Congo et sensibiliser la communauté
internationale qui, il faut bien le reconnaître, semble avoir une vision
faussée de la situation.

« En fait, Nkunda a bien retenu à leçon de Kigali qui
fonde depuis toujours sa survie diplomatique sur le génocide utilisé comme
fonds de commerce. Les rwandophones congolais ont également besoin de leur
génocide pour obtenir l’attention certes, mais avant tout la complicité
silencieuse de la communauté
internationale. Tout ne doit pas s’arrêter à cette prise de conscience. »
(source : ‘Combats au Nord-Kivu : la Monuc s’interpose à Sake et sauve Nkunda
de la traque des Fardc !’, L’Avenir, le 08/09/2007)

Le fait de vivre à Kinshasa et de discuter avec
les kinois m’a permis de mieux appréhender la situation et de me différentier
du point de vue dominant dans la communauté internationale. Mais notons néanmoins
pour conclure que je ne souscris pas non plus totalement au point de vue
congolais. C’est vrai, la MONUC semble un peu en dehors des réalités politiques, mais son
mandat est ainsi fait. Et si ce cessez-le-feu a favorisé Nkunda, ce qui est
regrettable ; il a aussi permis de protéger la population de la ville de
Sake qui allait faire les frais des combats, ce qui est louable.



les risques

le contexte Posted on 24 Aug, 2007 23:19:33

Quelle est la situation aujourd’hui et quelles sont les
perspectives d’avenir ?

Commençons par préciser à nouveau que ces guerres ont
complètement anéanti ce Congo qui souffre décidément tellement d’être si riche.
Plus de routes ou d’infrastructures et donc plus de production, un état
inexistant, une seule préoccupation subsiste pour la grande majorité des
congolais : l’alimentation et la survie…

Rappelons donc aussi que cette situation n’est pas due,
comme certains pourraient le penser, à un manque de volonté, de travail, ou de ‘bonne gouvernance’. Les
congolais sont compétents, travailleurs, et décidés à construire une grande
nation. Cela dit, les puissances militaires régionales, ou les puissances
économiques mondiales le permettront-elles ?

Mais revenons-en à la situation actuelle et aux risques
potentiels.

La situation à l’est du Congo attise toujours les tensions avec
le Rwanda voisin. Je m’en réfère pour illustrer cela au discours du ministre
des affaires étrangères rwandais de ce jeudi qui comparait la présence des
réfugiés hutus au Congo à Al Qaeda, soit une menace qu’il faut éliminer à tout
prix. Les rébellions qui subsistent sont toujours en partie soutenues par le
Rwanda qui accuse les FARDC (‘Forces Armées de la République Démocratique du
Congo’) de ne pas parvenir à, ou de ne pas vouloir, désarmer et contrôler les FDLR
(‘Forces Démocratiques de Libération du Rwanda’) – les anciens génocidaires.

En parallèle, les congolais voient d’un très mauvais œil le
retour des réfugiés Banyamulenge (Tusti du Congo) qui avaient fuit des
massacres perpétrés par des Hutus et certains soutiens congolais. Pour preuve,
le UNHCR (‘Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugies’) avait dû se
retirer de Moba dans l’est du pays suite à campagne de désinformation les
accusant de faire venir au Congo des Tutsi étrangers.

Enfin, en marge des tensions dues à des forces militaires ou
milices organisées, il convient d’imaginer ce qui peut arriver avec les petits
groupes de soldats démobilisés et non-payés. Ils errent dans la brousse la recherche de
ressources, c’est-à-dire bien souvent au travers de pillages et autres
exactions.

Du point de vue politique et à Kinshasa, ces derniers jours
ont été marqués par plusieurs décès de conseillers proches du président. Sans
doute trop pour que les congolais puissent encore croire à des coïncidences d’autant
que l’empoisonnement semble avoir été fréquemment utilisé, entre-autres sous
Mobutu, pour éliminer les rivaux. Les rumeurs sont donc nombreuses, ambitions
personnelles de certains ou réelle tentative de déstabilisation de l’Etat, l‘avenir
le dira peut-être.

Il reste que le sentiment qui continue de dominer est l’espoir
et la joie de la paix retrouvée.



les guerres

le contexte Posted on 24 Aug, 2007 22:05:22

Pour comprendre le Congo d’aujourd’hui, il n’est sans doute
pas inutile de rappeler les circonstances des années de guerre car j’ai bien
l’impression que peu d’informations ne soient parvenues à intéresser nos medias
occidentaux. Ces guerres ont pourtant coûté la vie à plus de 4 millions de
congolais, et continuent à faire des victimes aujourd’hui encore.

Tout avait donc commencé avec un génocide dans ce petit pays
de la région des grands lacs que l’on nomme le Rwanda. Nous n’ignorons sans doute pas ces évènements
où l’ethnie historiquement dominante, les Hutus, ont entrepris une
extermination systématique des Tutsis et Hutus modérés par crainte de les voir
prendre le pouvoir. Savions-nous par
contre qu’à la fin de cette guerre, les génocidaires (milices Interahamwe), et Hutus
poursuivis à leur tour, étaient plus de 2 millions à s’être réfugié dans l’est
du Congo ?

C’est pourtant cela et la poursuite présumée de leurs
activités contre les Tutsi congolais, qui ont servi de prétexte aux nouveaux dirigeants
de ce Rwanda trop petit et surpeuplé, pour organiser une invasion de ce Congo,
si vaste et si riche.

La première rébellion (1996-1997) visait à renverser Mobutu
Sese Seko et était menée par un dirigeant militaire de l’est inconnu à l’époque,
mais choisi par les rwandais car facile à manipuler: Laurent Désiré Kabila.
Face à une armée congolaise démotivée, mal armée et mal ou pas payée, la tâche
fut finalement assez aisée.

Durant les premiers mois de pouvoir, les fonctionnaires et
autres militaires étaient à nouveau bien payés et l’ordre revenait, même si ce
fût au prix d’une répression assez forte (voleurs fouettés dans la rue, par
exemple…). Mais voila, Laurent Désiré Kabila se détournera progressivement du
Rwanda pour mener sa propre politique. Il se détournera aussi de ses soutiens
occidentaux, se tournant davantage vers la Russie ou l’Iran, ce qui explique
peut-être en partie l’immobilisme de la communauté internationale face à la
seconde guerre.

Cette seconde guerre, visant cette fois à renverser Kabila, partira
donc également de l’est avec une invasion rwandaise sous couvert de la rébellion
du RCD Goma (‘Rassemblement Congolais pour la Démocratie’), mais également une
invasion ougandaise dans le nord-est sous couvert de la rébellion du MLC (‘Mouvement
de Libération du Congo’) de Jean-Pierre Bemba.

L’armée congolaise ayant perdu son soutien du Rwanda dû
rapidement céder du terrain, et le pays fût à nouveau coupé en 2, voire en 3 :
le Nord occupé par l’Ouganda (et sa branche politique, le MLC), l’Est par le
Rwanda (et sa branche politique, le RCD), et l’Ouest sous contrôle de l’armée
régulière ayant reçu un appui de l’Angola, de la Namibie, du Zimbabwe, et dans
une certaine mesure du Tchad, du Soudan et de la Libye.

Eh oui, il s’agissait bien du premier conflit panafricain
impliquant près de 9 pays…

Les lignes de front resteront ensuite stables, entre-autres grâce aux héros de la résistance congolaise : les
Maï-Maï. Ces guerriers traditionnels tirent leur force de l’eau magique qui
rend leur corps résistant aux balles (et attention, les congolais ne plaisantent
pas avec cela…)

Pendant cette période, les rwandais tentèrent néanmoins de
prendre Kinshasa : ils eurent l’audace d’envoyer un avion sur la ville
rempli de soldats, tel un cheval de Troie. L’aéroport et ses alentours furent occupé pendant
plusieurs semaines…

Bref, ce pays divisé
en trois menaçait sérieusement d’éclater définitivement et c’est un peu un miracle
qu’aujourd’hui le territoire soit en partie à nouveau unifié.

En effet, sous l’égide des Nations Unies un dialogue ‘inter-congolais’
a été mis en place. Et bien que Laurent Désiré Kabila fût assassiné, et que par
crainte d’un vide du pouvoir ce soit son fils Joseph qui reprit la présidence, un
gouvernement de transition composé des différentes tendances (y-compris le MLC,
et le RDC Goma) fût installé jusqu’aux élections.

Ces dernières furent un énorme succès, considérant les
circonstances.

Aujourd’hui donc, le président Joseph Kabila, son gouvernement
et le parlement ont une légitimité démocratique incontestable.

Et ce, malgré le dernier épisode conflictuel de mars denier
où Jean-Pierre Bemba (MLC) tenta un coup d’état avec ses milices sur Kinshasa.
Les stigmates de cet épisode sont toujours visibles sur chaque bâtiment du
centre de la capitale, y-compris dans ma chambre avec l’impact de balle sur le
mur et la fenêtre toujours trouée. JP Bemba, d’abord apprécié à Kinshasa a, suite
à ces événements, perdu le soutien de la population, et j’avoue qu’il me semble
difficilement compréhensible qu’il soit encore soutenu par certains occidentaux
(dont Louis Michel).

En résumé on peut
donc, malgré les problèmes qui subsistent et les risques (lire le prochain
article…), tirer un coup de chapeau au jeune Kabila et aux Nations Unies (la
force des casques bleus présente ici est la plus importante jamais déployée)
pour cette stabilité et la réunification du pays et des différents forces
armées – chose incroyablement complexe lorsqu’on commence à comprendre la
situation.