Ma première mission de supervision dans l’intérieur du pays eut
lieu à Kisangani, dans la Province Orientale. Quatre jours, c’est bien court, particulièrement
avec des journées de travail bien remplies. Mais cela aura néanmoins permis de découvrir
cette belle ville tropicale, située en pleine forêt primaire et au bord du
fleuve Congo.

Quel calme, et quel contraste avec Kinshasa !

Mis à part les quelques véhicules des ONGs et de l’ONU, aucune
voiture ne vient troubler le sommeil de Kisangani. Les transports se font pour
la plupart à vélo, ou bien sur en pirogue. Il faut dire que Kisangani a
beaucoup souffert de la guerre et est restée très isolée.

Le souvenir des derniers affrontements est d’ailleurs très
vif et alimente toujours les conversations. Ils opposaient les Rwandais aux
Ougandais, chacun postés sur une rive du fleuve pour prendre le contrôle de la
ville qui s’en trouvait prise en tenaille. Cet épisode restera connu sous le
nom de la ‘guerre des six jours’. Ce qui fût autrefois la troisième ville du
pays s’est depuis largement vidée de ses habitants, fuyant les combats.

Aujourd’hui, Kisangani est tranquille et très agréable à
vivre. Les taxi-vélos sont le seul mode de transport urbain. Il ne s’agit de
rien de plus que d‘un vélo ordinaire muni d’un coussin posé sur le porte-bagage.
Et les congolais de raconter comment ce mode de transport peut conduire a des
situations cocasses, comme cette grosse mama qui s’asseyant sur le vélo fit
basculer le jeune gringalet qui devait la conduire ; ou encore ces mamas affolées
qui frappent le conducteur avec leur sac en plastique lorsque celui-ci prend
trop de vitesse dans les descentes.

La vie n’en est pour
autant pas moins dure dans cette région, son isolement rend les approvisionnements
rares et difficiles. Deux semaines de vélo par exemple pour ravitailler Buta (une
autre sous-coordination lèpre/tbc) en carburant.

Beaucoup de villages ne sont accessibles que par pirogue. J’ai
d’ailleurs eu la chance de pouvoir naviguer quelques heures sur la Tshopo, un
affluent de l’immense fleuve Congo, et de prendre ces premières photos…